Marlène dans le rétro

Résultat de recherche d'images pour "1968"

Par Patrick Thévenon (9 septembre 1968) pour L’Express


Marlène Jobert jusqu’au bout des ongles

https://static.lexpress.fr/medias_11825/w_1531,h_856,c_crop,x_90,y_8/w_2000,h_1125,c_fill,g_north/v1536144292/portrait-de-marlene-jobert-dans-l-express-du-9-septembre-1968_6054720.jpg


Portrait attachant d’une actrice attachante,
pour qui le travail n’était pas un vain mot.

https://i2.wp.com/php88.free.fr/bdff/film/2005/0027/07a.jpg

Marlène Jobert. Un nom qui commence à Hollywood et qui s’achève à Dijon. Mais c’est le sien, authentique. Et Dijon, elle connaît déjà : elle y a passé les vingt premières années d’une vie qui n’en compte que vingt-cinq. Il ne lui reste donc qu’à découvrir Hollywood. Elle s’y emploie. Chaque matin, depuis plus d’un mois, cette petite rousse à taches de rousseur, version française de Shirley MacLaine – « Tout le monde le dit, ça va finir par être vrai » – se lève à 6 heures, ordonne ses bouclettes et se présente devant les caméras de Guy Casaril. Elle tourne L’Astragale, d’après le roman d’Albertine Sarrazin. Pas un plan dont elle soit absente. Quand on ne voit pas son visage, on voit sa main ou son pied. Son metteur en scène pense qu’elle a du talent jusqu’au bout des ongles.

Douze heures plus tard, sa journée de cinéma achevée, Marlène Jobert réordonne ses bouclettes et fonce jusqu’à Montparnasse, où commence alors sa soirée de théâtre. Depuis un an, elle joue Black Comedy augmenté d’un lever de rideau, L’Oeil anonyme, ce qui fait qu’elle incarne trois personnages par tour de cadran, un dramatique et deux comiques : « Je me sens un peu perturbée. »

Baby-Sitting

Quand vient minuit, les bouclettes de Marlène Jobert sont sagement rangées sous une casquette genre gamin de Paris, ses taches de rousseur luttent encore vaillamment, mais le reste de sa personnalité vacille un peu au-dessus de son tilleul-menthe. Elle ne sait plus exactement qui elle est, et si on lui pose la question, elle répond : « Demandez-lui à lui, il sait tout ça mieux que moi. »

« Lui à lui », c’est son époux, le comédien Jean-Pierre Moulin. Visiblement, ils s’adorent. La loge de Marlène, au Théâtre Montparnasse, est tapissée de photos de Jean-Pierre. Ils se connaissent depuis l’époque où, petite provinciale que son papa, adjudant-chef, destinait au professorat de dessin, elle abandonna brusquement tout pour « monter » faire le Conservatoire, classe de Georges Chamarrat. Pour vivre, elle se livrait au baby-sitting et à la figuration, « changeant de piaule tous les dix jours » parce qu’elle n’avait pas de quoi payer le loyer.

Puis vint ce qu’elle appelle « une chance formidable » : le premier rôle de Des clowns par milliers auprès d’Yves Montand. Elle joua la pièce sept cents fois et abandonna le Conservatoire parce qu’on lui refusait l’autorisation de partir en tournée. Sans remords : « C’est une école pour les riches, quand on n’a pas besoin de travailler… »


L’actrice au visage mutin constellé de taches de rousseur a été révélée en 1966 par Godard dans « Masculin, féminin » puis confirmée en 1967 par Louis Malle dans « Le voleur ». Elle est devenue populaire cette année 1968 grâce à « L’astragale ».

Résultat de recherche d'images pour "marlène jobert L’astragale"

Résultat de recherche d'images pour "marlène jobert masculin feminin"

Résultat de recherche d'images pour "marlène jobert l'astragale"

Travailler, Marlène Jobert n’a pas cessé de le faire depuis cette date. Au cinéma : Masculin-Féminin, Martin soldat, Le Voleur, Alexandre le bienheureux et le premier film de Michel Audiard, qui sort le 20 septembre : Faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages, où elle se promène, pendant une heure vingt, dans le plus simple appareil. A la télévision : Rue barrée, Mademoiselle Pygmalion, Par quatre chemins, Les Dossiers de l’agence O, etc. Au théâtre, enfin, où dès le 1er octobre elle commencera à répéter une nouvelle pièce : Il y a une fille dans mon potage, avec Jean Poiret.

La meilleure part 

Marlène Jobert a donc toutes les raisons d’être satisfaite de son sort. Mais l’est-elle ? Oui et non. Aucun des personnages qu’elle a incarnés jusqu’ici ne l’a vraiment séduite. Si, un : celui de Rosie dans Danse lente sur un champ de bataille, qu’elle joua au Théâtre des Mathurins. « J’ai eu des critiques comme je n’en aurai plus jamais de ma vie ». La pièce n’eut que vingt-cinq représentations.

Car les rêves de cette star nommée Marlène ne se nourrissent par des banalités habituelles : célébrité-argent-bonheur. Elle veut « dire des choses tristes sur un ton comique ». Elle a peut-être choisi la meilleure part, mais sûrement pas la plus facile.


Résultat de recherche d'images pour "jardins des modes n° 559 1968"

Résultat de recherche d'images pour "marlène jobert 1968"
Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages (1968)
Résultat de recherche d'images pour "marlène jobert alexandre le bien heureux"
Alexandre le bienheureux (1968)

Résultat de recherche d'images pour "marlène jobert alexandre le bien heureux"