Du cinéma aux contes…

MARLÈNE JOBERT :
«JE PRÉFÈRE MA CARRIÈRE DE CONTEUSE À CELLE D’ACTRICE»

L’actrice Marlène Jobert s’est lancée dans l’écriture de contes quand ses filles avaient huit ans. Depuis, elle n’a jamais décroché, se découvrant même une seconde passion et délaissant à tout jamais le cinéma. Elle vient de sortir «Un bon petit diable» (Ed. Glénat), d’après la comtesse de Ségur.

Actrice pétulante au côté de Jean Yanne dans «Nous ne vieillirons pas ensemble» dans les années 70 et aujourd’hui conteuse et grand-mère épanouie, Marlène Jobert revient sur sa vie sans tabous, ni chichi, avec cette voix reconnaissable entre toutes.

Cela fait 28 ans que vous travaillez pour la littérature jeunesse, est-ce une seconde vocation ?

C’est une deuxième carrière disons et c’est une vocation. C’est un plaisir et une chance. Mes premiers contes sont sortis quand mes filles avaient 8 ans (NDLR : les jumelles Eva et Joy).

Lié au fait que vous avez su conserver une grande part d’enfance ?

Oui. Je pense qu’on a tous au fond de soi cette part d’enfance, c’est quelque chose qu’on ne perd pas. Je raconte les contes que j’aimerais qu’on me raconte si j’étais restée enfant. Quand j’écris un conte, j’essaie toujours d’être distrayante avant de passer un message moral. Si en plus je peux transmettre le goût pour un plaisir comme la musique classique, la découverte de pays lointains, c’est tant mieux.

«Le bon petit diable», que vous venez de reprendre 150 ans après la comtesse de Ségur, reste d’une modernité incroyable…

Attention, il y a eu une sérieuse adaptation, on ne l’a pas pris tel quel. D’abord, il aurait été trop long, donc on l’a coupé puis on l’a rendu plus moderne au niveau du langage avec des dialogues qui rendent le texte vivant et me permettent de l’interpréter en faisant tous les personnages.

Le personnage de «Charles», pourrait bien inciter les enfants à faire des bêtises…

À être justes, je dirais. Ce conte pousse les enfants à ne pas se laisser faire et à se révolter contre l’injustice. Je trouve ça très bien. Je pense que la maltraitance est intolérable.

Comment arrivez-vous à parler d’amour aux petits ?

Je ne me pose pas la question pour moi, c’est tellement naturel. La vie sans amour n’est pas possible. En plus, il y a tellement de sorte d’amours. L’exemple que les parents donnent est très important : c’est comme ça que les enfants comprennent et apprennent ce qu’est l’amour, son importance. Ce n’est pas inné. C’est du boulot, de conserver l’amour de l’autre.

Qu’est-ce qui vous séduit chez ce jeune public ?

Leur grande disponibilité spontanée, leur grande franchise. Quand ça ne leur plaît plus, ils zappent vite. C’est très gratifiant de travailler pour les enfants. J’adore ça, j’aimerais continuer jusqu’à la fin de ma vie.

Vous dédicacez ce livre à Giulio et Vittorio, vos petits enfants ?

Oui ma fille Joy vit en Italie, en Toscane. C’est très joli mais un peu loin. J’ai deux petits-enfants que je ne vois pas assez souvent.

Quel type de grand-mère êtes-vous ?

Une grand-mère trop lointaine.

L’an dernier vous avez sorti une biographie «Les baisers du soleil»…

Oui, je suis très contente car elle va ressortir dans la collection «J’ai lu» en poche au mois de juin.

Par le biais de ce livre, vos filles ont découvert que vous aviez eu une enfance pas toute rose…

Oui pas facile mais en même temps formatrice. Dans ce livre, je raconte ma carrière, mes désillusions, mes bonheurs… Ma vie quoi ! En plus il y a de très jolies photos.

Cela a-t-il difficile d’être cette biographie ?

Terriblement difficile parce ce n’est si anodin de se livrer, de faire le tri dans ses souvenirs. Cela a été beaucoup plus compliqué que je ne l’imaginais.

Qu’est-ce que ça vous fait d’être la maman d’Eva Green, une vedette internationale ?

J’en suis très fière, et en même temps je trouve que c’est un métier tellement difficile. Je ne suis pas si heureuse qu’elle ait choisi ce métier car il ne rend pas complètement heureux contrairement à ce qu’on imagine. C’est très ingrat et difficile.

Pour vous, le cinéma, c’est vraiment fini ?

Ah oui. Complètement. Je n’ai pas du tout envie d’y revenir. Je suis tellement heureuse dans cette deuxième carrière. Ou alors, il faudrait vraiment quelque chose d’exceptionnel qui m’amuse beaucoup et qui soit bon.

Êtes-vous nostalgique de cette époque ?

Pas vraiment, je me retourne rarement sur le passé. Je suis positive, ce qui m’intéresse c’est aujourd’hui et peut-être un peu demain. Hier, non. J’aime ne me souvenir que des bons moments, même si dans le livre, j’ai raconté aussi les moments qui m’ont marquée douloureusement.

Vous racontez comment vous avez éconduit certains acteurs qui ne s’attendaient pas à un tel refus ?

Ce n’est pas parce qu’on est mignonnette qu’on doit tout accepter et se laisser séduire à tout bout de champ par n’importe qui.

Dès le départ, vous avez su affirmer votre tempérament ?

Bien sûr. J’ai toujours eu mon petit caractère. Il faut apprendre à ne pas se laisser faire et à ne pas dépendre des autres, surtout des médiocres. Dans le cinéma, ce qui m’a déplu dès le début, c’est qu’on dépend trop des autres. Aujourd’hui, en tant que conteuse, je ne dépends que de moi-même. Je fais tout. Si je me trompe c’est de ma faute. Et si ça plaît, c’est grâce à mon enthousiaste, ma passion, mon énergie. Je suis plus satisfaite dans cette deuxième carrière que dans la première.

Êtes-vous une grande sentimentale ?

Oui. Un rien m’émeut aussi bien dans les larmes que dans le sourire. Je suis très réactive , très sensible et fragile aussi.

Quel est votre secret pour bien vieillir ?

Avant tout : c’est l’alimentation et essayer de bouger.

Que faut-il pour vous séduire ?

De l’humour et de la délicatesse. Quelqu’un qui me fait rire a ses chances.


«Epanouir la réflexion, tirer des leçons de vie sous les rires et les peurs… Même moi, je lis des contes le soir», affirme Marlène Jobert, 75ans, actrice, chanteuse, auteure et conteuse pour enfants.«Epanouir la réflexion, tirer des leçons de vie sous les rires et les peurs… Même moi, je lis des contes le soir», affirme Marlène Jobert, 75 ans, actrice, chanteuse, auteure et conteuse pour enfants. Depuis 1998, elle a tourné la page cinématographique et s’est engouffrée dans la littérature enfantine.


Un conte, ses mémoires

Un bon petit diable. Drôle, espiègle, attachant, Charles vit l’enfer au quotidien avec son horrible tante qui lui fait des misères. Il va réussir à renverser la vapeur. Ed. Glénat, livre + CD audio. 14,99 €.

«Les baisers du soleil». Sorti l’an dernier, dans ce fabuleux livre (riche en photos), Marlène Jobert a écrit ses mémoires. Ed. Plon et dès le mois de juin en poche.

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