Tlemcen à la mode de Grenade, Cordoue et Séville

Par Fawzi Sadallah
Journaliste et écrivain
Via www.huffpostmaghreb.com


marché tlemcen

 

A Tlemcen, l’apport andalous est fort et demeure encore vivace à ce jour. La ville qui a été une terre de refuge des andalous en été profondément marquée.

L’une des icônes les plus célèbres de Tlemcen était Sidi El-Haloui El-Chchoudi (سيدي الحلوي) dont l’origine est sévillane (إشبيلية). Il est enterré dans le cimetière qui porte encore son nom. C’est là, qu’un fameux descendant d’exilés andalous, le fin poète-chanteur, Boumédienne Bensahla, y a rencontré un jeudi l’amour de sa vie.

La fameuse « Fatma El-Hammiya » (فاطمة الهَمِّيَة), qu’il a si joliment décrite et immortalisée dans sa chanson populaire fredonnée jusqu’à nos jours par les jeunes algérois et tlemcéniens…

« Youm El-Khemis Ouach Eddani, Laqit Fatma Masboughatt Lachfar »

(يوم الخميس واش أداني، لقيت فاطمة مصبوغة الأشفار…)…

Sidi Boumédienne, je viens à toi

Mais la personnalité andalouse la plus importante de Tlemcen reste toujours le saint patron de la ville Sidi Abou-Médienne Chouâib Al-Ichbili (le Sévillan), le maître du grand maître soufi (El-cheikh el-Akbar) Mouhiéddine Ibn Arabi mort et enterré à Damas…

Sidi Boumediene, le moudjahid contre les Croisés à Jérusalem au sein des armées de Salah Eddine Al-Ayyoubi (Saladin), a composé loin de sa ville natale andalouse Séville, ces grands vers où il disait sa nostalgie.

Quand donc ô gens du quartier pourrais-je vous voir
Et entendre de vos contrées l’écho de vos voix…

مَتَى يَا عُرَيْبَ الْحَيٍّ عَيْنِي تَرَاكُمُ **** وَأَسْمَعُ مِنْ تِلْكَ الدِّيَارِ نِدَاكُمُ
وَيَجْمَعُنَا الدَّهْرُ الَّذِي حَالَ بَيْنَنَا **** وَيَحْظَى بِكُمْ قَلْبِي وَعَيْنِي تَرَاكُمُ
أَمُرُّ عَلَى الأَبْوَابِ مِنْ غَيْرِ حَاجَةٍ **** لَعَلِّي أَرَاكُمْ أَوْ أَرَى مَنْ يَرَاكُمُ

Nouri Koufi, le grand chanteur Hawzi, n’a jamais cessé d’en faire les louanges et d’en chanter les vertus au cours de sa carrière musicale durant les années 1970/1980.

Sidi Boumédienne jitek Qasad…Ajini felmnam nabra…

(Sidi Boumediene je viens à toi… Viens à moi en rêve, je guérirais)

Tlemcen a accueilli un nombre important d’exilés. Les habitants de cette cité antique se vantent jusqu’à nos jours d’avoir accueilli 50000 réfugiés andalous après la chute de Cordoue en 1236. Un chiffre que certains historiens contestent en soulignant que Tlemcen était, à l’époque, trop petite pour accueillir et intégrer un tel nombre de nouveaux venus.

Ce qui est certain par contre est le caractère profondément andalou de la cour des Zianides avec ses hadjibs (chambellans), Vizirs, Kateb (scribes), poètes, conseillers… Ils étaient le plus souvent choisis parmi les élites de réfugiés ou immigrés venus de Cordoue, Grenade, Séville, Valence, Malaga…etc.

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>A la fin du 15ème, Tlemcen était déjà surnommée la Gharnata (Grenade) de l’Afrique du nord. La cité des zianide est demeurée une base de repli des andalous jusqu’aux dernières vagues des Morisques durant les années 1609-1614.

C’est dans cette terre que dort depuis la chute de Grenade en 1492 le prince Abou-Abdallah le nasride, ou Ezzaghl, l’oncle du prince de Grenade, connu en Europe sous le nom de Boabdil, dernier roi musulman en El-Andalousie.

Dans cette ville, nombreuses sont les familles dont le nom est historiquement étroitement lié au passé glorieux de la péninsule andalouse, tels que les : Serraj, Carmouni (de Carmona), Kortobi (de Cordoue), Chebli ou Chbili (Séville), Malki (de Malaga), Asaqqal, Al-Hassar, Al-Fakhkhar…etc.

reddition de grenade pradillaLa reddition de Grenade, tableau de Francisco Pradilla y Ortiz.

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