Festival du film d’Angoulême

¤ Marlène Jobert à livre ouvert


Marlène Jobert en dédicace, devant le cinéma CGR d’Angoulême.

Source : http://www.sudouest.fr

Elle n’a pu « résister ni à Jean-Paul Rappeneau ni à Dominique Besnehard », qu’elle a connu « tout petit ». Marlène Jobert assistait hier soir à la projection en avant-première de « Belles familles », dans le cadre du 8e festival du film francophone d’Angoulême (1). Elle est comme ça. Fidèle en amitié, entière et solaire. À l’automne de sa vie, « il fait beau à n’y pas croire, il fait beau comme jamais ». Des vers empruntés à un poème d’Aragon qu’elle offre aux lecteurs des « Baisers du soleil », ses mémoires attachantes si joliment écrites.

Et, événement, elle a accepté  de se prêter à une séance de dédicaces à la librairie Cosmopolite le 26/8 (17 h 30), à Angoulême. Depuis la sortie de son autobiographie, seule la foire du livre de Brive-la-Gaillarde avait eu ce privilège…

Vous ne vous livrez pas facilement, et pourtant vous êtes passée à l’acte. Pourquoi ?

Marlène Jobert. Parce que je me suis rendue compte que mes filles ne savaient pratiquement rien de ma vie d’actrice que j’ai abandonnée quand elles avaient 4 ans. Elles voyaient de temps en temps des films à la télévision, mais ça ne les surprenait pas plus que ça (rires). J’ai trouvé dommage qu’elles ne sachent pas ce que leur maman avait traversé, son parcours et son enfance aussi. Et puis je crois que c’est parce que j’ai aussi découvert le plaisir de l’écriture pour les adultes. Même si au départ je voulais seulement prendre des notes et que ça ne soit pas publié.

Un peu comme lorsque vous inventiez des histoires à vos filles sans imaginer que vous les écririez un jour ?

Mes filles finissaient par préférer les contes que je leur inventais car je me servais de leur vocabulaire, d’une anecdote, d’un petit passage d’angoisse, puis j’en faisais une histoire. J’ai voulu ensuite les écrire pour qu’elles se souviennent de ces moments privilégiés de la petite enfance, ces moments charnels où l’on chuchote tout l’amour qu’on a pour ses enfants à leur oreille le soir. C’est devenu une passion.

Une passion là aussi couronnée de succès. Des écoles portent même votre nom. Cela vous touche ?

C’est absolument gratifiant, bien sûr, et émouvant de voir l’école Marlène-Jobert. À chaque inauguration, j’ai mon cœur qui bat, je suis très émue. Il y a quatre écoles pour l’instant, je veux bien qu’il y en ait encore, dans votre région par exemple. S’il y a des écoles maternelles qui ont envie de porter mon nom, j’y vais, je suis partante. Je trouve ça tellement réjouissant !

Malgré ce plaisir de l’écriture, toujours pas la nostalgie du cinéma ?

Eh bien non. On dépend de tellement de gens dans ce métier, et il faut tellement de chance ! La chance de tomber sur un bon scénario, d’avoir un rôle qui vous corresponde, d’avoir un metteur en scène qui vous dirige et qui vous aide, d’avoir un chef opérateur qui vous mette en valeur, un dialoguiste qui fasse dire des choses intéressantes pour que le personnage soit palpable et terriblement humain. De dépendre de tout cela… (soupirs). Alors que quand j’écris, je suis maîtresse de tout.

L’indépendance, un moteur essentiel chez vous, mais aussi la franchise. Vous y allez parfois sans détour…

En effet, pas d’hésitation à l’âge que j’ai. Sinon ça ne sert à rien de raconter. Tout ça, c’est mon ressenti.

Les anecdotes drôles ne manquent pas non plus. Michel Simon surgissant dans un cinéma, Sergio Leone en guide touristique à Rome…

Pour les gens qui m’ont suivie pendant ces trois générations, j’ai essayé de choisir les moments les plus divertissants.

Moins drôle un accident à 22 ans, et une cicatrice au visage,
que vous avez extraordinairement domptée.

Cette cicatrice, c’est 13 cm, des ponçages, trois opérations. Un sale coup de la vie, mais c’est les coups comme ça qui vous font devenir un peu plus intéressant. Pendant un an, je suis restée enfermée, je n’ai pu que lire, et donc que me grandir. Je me suis ensuite servi de mes tâches de rousseur, ces baisers du soleil, pour la cacher. Ce n’était pas facile, au début, les Beaux-Arts m’ont servie (rires)…

Aujourd’hui votre fille, Eva Green, suit votre trace.
À l’étranger vous êtes Eva Green’s mother ?

Oui, ils ne savent pas que j’ai été actrice. Je suis fière que ma fille ait ce talent. Ce matin (lundi) encore, elle est partie à l’aube sur le tournage de la troisième saison de « Penny Dreadful », je suis très impressionnée. Elle a un rôle qui lui permet une performance d’actrice exceptionnelle et des critiques extraordinaires aux États-Unis, ce qu’on ne sait pas en France. J’aimerais bien qu’elle tourne en France elle aussi.

Et vous ? N’y aurait-il pas quelque chose qui puisse néanmoins vous entraîner à nouveau derrière une caméra ?

Je ne sais pas. Quelque chose de vraiment exceptionnel alors, et qui m’amuse. S’il y a un peu d’émotion tant mieux, et pas un rôle écrasant dans la durée. Pourquoi ? Vous avez quelque chose à me proposer ? (grands éclats de rire).

(1) Le festival du film francophone d’Angoulême se déroule jusqu’à dimanche 30/08.

www.filmfrancophone.fr

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